Abdo Hassan, directeur artistique et artiste visuel basé au Caire, a imaginé cette création visuelle baptisée « Mermaid ». Il est l’un des fers de lance d’une jeunesse moyen-orientale moderne et engagée.

Pour cette 31e édition des Escales, la moitié de la programmation est occupée par des femmes qui ont une grande visibilité comme Angèle, Jain ou la Nazairienne Zaho de Sagazan. Côté électro, le club 360 est exclusivement féminin. Simple hasard, choix délibéré ou reflet de plus de talents féminins ? Eléments de réponse dans les interviews de la DJ Glitter55 et du programmateur Jérôme Gaboriau et .

Glitter55, cheikha de la musique électro

Une scène électro 100 % féminine, c’est le club 360 des Escales 2023 auquel participe Glitter55, artiste marocaine de 28 ans à la techno puissante et aérienne, non sans quelques influences africaines et orientales. Manar, connue comme Glitter55 depuis 2018 dans de nombreux festivals et clubs du monde entier, se produit au festival nazairien dimanche 30 juillet à partir de 22h30.

Selon vous, les artistes féminines sont-elles plus présentes sur la scène musicale ?

Oui, les femmes sont de plus en plus présentes au niveau de toutes les esthétiques. Au-delà des femmes leaders comme Angèle ou Jeanne Added, il y a aussi plus de femmes dans l’électro. Ce qui est positif, c’est qu’elles prennent de plus en plus de place naturellement, sans quota, grâce à leur mérite, car elles sont aussi talentueuses que les hommes.

Il y a encore du travail au niveau international comme au Maroc, mais elles ont plus de moyens pour pouvoir rayonner avec un accès aux outils de formation et au professionnalisme. Cela donne de l’espoir et ça fait du bien.

Comment avez-vous développé votre projet artistique et constatez-vous un effet « après #metoo » ?

J’ai commencé mon projet par hasard, en arrivant en France à 16 ans. J’ai fait des études d’écogestion et je travaille dans le management d’artistes. J’ai commencé à mixer à 19 ans et j’ai été très soutenue par mes proches. J’ai eu la chance d’être accompagnée pendant un an par le dispositif Keychange* et d’être entourée de femmes.

Il y a très peu de femmes managers dans l’industrie musicale, et le réseau international She said so m’a permis d’avoir des conseils car on a souvent le syndrome de l’imposteur. Cela m’a donné beaucoup de force et je remercie mon mentor Georgia Taglieth qui s’occupe notamment de la carrière de Laurent Garnier.

Je pense que la libération de la parole des femmes a un effet global qui touche tous les secteurs.

Vous considérez-vous comme une artiste militante ?

Quand on arrive à prendre cette place dans l’industrie musicale et à prendre la parole sur scène, on est forcément militante. Je vis encore des situations problématiques avec des personnes misogynes et qui n’ont pas l’habitude d’accueillir des femmes. Je me retrouve face à certains techniciens qui disent « on va leur montrer comment ça marche ». Il y a encore une bataille à mener.

Ce militantisme, il apparaît d’une certaine façon dans vos musiques avec la mise en valeur des cheikhas ?

Les cheikhas sont les premières féministes marocaines qui ont commencé à faire de la musique. Elles ont toujours été dénigrées. Je pense à la cheikha Rimitti qui a eu une reconnaissance tardive, quand elle a quitté son pays, l’Algérie.

Je suis une cheikha de la musique électronique, comme ces femmes hyper fortes qui ont toujours chanté la musique qu’elles voulaient défendre. C’est un acte politique et une grande source d’inspiration pour moi.

*Keychange : réseau pour l’égalité des genres dans l’industrie musicale.

Glitter55 (©Erwan Bacha)

Jérôme Gaboriau, programmateur du festival

La programmation nous semble particulièrement féminine cette année, est-ce un choix délibéré ?

Depuis longtemps, on affiche une parité, même si elle est parfois à dominante masculine. Quand on voit que des financements sont aujourd’hui attribués sur ces critères d’équité, on se sent précurseurs.

Nous avons toujours défendu une forte présence féminine. C’est d’abord un coup de cœur artistique qui guide le choix, le genre n’est jamais un critère. Cette année, c’est vrai qu’il y a davantage de femmes comme leaders de groupes invités aux Escales. Quant à notre public, il est à 60 % féminin.

Peut-on considérer qu’à la suite de #metoo et de la libération de la parole des femmes, les artistes féminines prennent leur place sur la scène musicale avec une plus grande assurance ?

Oui, très clairement, notre société évolue. À juste titre, les prises de parole des organisations féminines sont plus fréquentes et revendiquent cette égalité dans tous les métiers. La musique en fait partie, et l’ensemble de la filière change. Le mouvement #metoo continue de mettre en lumière ce changement dans les mentalités. Pour certaines, il faut encore lutter pour que le respect soit une réalité.

Faire circuler les notions de partage, de respect de l’autre, d’échanges culturels, c’est quelque chose qui anime les valeurs des Escales. Avec divers festivals et scènes musicales des Pays de la Loire, on a d’ailleurs initié le projet collectif « ici c’est cool » en 2018. Il s’agit de campagnes de sensibilisation au respect du genre humain, quelles que soient ses origines et orientations. Une charte publique vient d’être signée et sera soumise à tous nos salariés et bénévoles, ainsi qu’aux festivaliers.

Infos pratiques : festival-les-escales.com

Jérôme Gaboriau, programmateur des Escales depuis 23 ans. (©Ville de Saint-Nazaire - Martin Launay)

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