- Divers, Environnement

Saint-Nazaire. Ils sont devenus maraîchers

Avec deux chevaux Fjord, Eric Souffleux retrouve l'équivalent en puissance d'un tracteur de 30 CV et économise environ 500 L de fioul par an pour cultiver ses terres. (©Ville de Saint-Nazaire - Hélène Defoy) - Agrandir l'image, .JPG 196Ko (fenêtre modale)
Avec deux chevaux Fjord, Eric Souffleux retrouve l'équivalent en puissance d'un tracteur de 30 CV et économise environ 500 L de fioul par an pour cultiver ses terres. (©Ville de Saint-Nazaire - Hélène Defoy)

[vidéo] Eric Souffleux est le 1er maraîcher à avoir proposé la vente de ses légumes bio en Amap à Saint-Nazaire voilà 10 ans. Cet ancien diététicien et professeur de karaté recourt à la traction animale. Arnaud Le Goff a repris la ferme des Petites Mottes à Saint-Nazaire il y a un an. Ce biologiste écologue reconverti fait pousser ses légumes dans un sol vivant. Portraits croisés.

L'enjeu de la transition écologique est à la fois mondial et local. Sur le territoire de Saint-Nazaire et de son agglomération, des solutions apparaissent, fruits d'initiatives plus respectueuses de l'environnement.
Exemple avec les reconversions professionnelles vers le maraîchage bio d'Eric Souffleux et d'Arnaud Le Goff.

Prendre soin du sol, l'essentiel pour Arnaud Le Goff et Eric Souffleux

Des chevaux pour cultiver les légumes

Eric Souffleux, l’un des premiers producteurs à vendre ses légumes bio en AMAP (Association pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne) à Saint-Nazaire, a remplacé ses tracteurs par des chevaux.

Chaque jeudi soir, Eric Souffleux s’installe sous la base sous-marine de Saint-Nazaire. C’est là, devant la brasserie Le ponton, que le retrouvent les amapiens nazairiens, à savoir les familles qui ont un contrat avec lui. Ces familles s’engagent sur une période donnée -généralement six mois- à acheter des paniers de légumes de sa ferme Les Colibris. "Les gens paient à l’avance une part de la récolte", explique le producteur. "L’AMAP m’a permis d’explorer cette chose essentielle qu’est la transition vers la traction animale".

Après une carrière de diététicien et de professeur de karaté, Eric Souffleux est devenu maraîcher bio à Saint Père en Retz. Pendant sa reconversion, il effectue un stage dans le potager du chef étoilé Alain Passard à Fillé sur Sarthe. Le recours à la traction animale devient pour lui une évidence. "J’ai appris qu’on peut considérer le légume comme un grand cru", confie le maraîcher. "Les chevaux tassent moins la terre que les tracteurs et permettent aux plantes de mieux explorer le sol, d’aller chercher les oligo-éléments et donc de développer plus de saveur."

Energie équine versus énergie fossile

Eric Souffleux choisit l’agriculture biologique diversifiée avec du machinisme moderne pour la traction animale. Avec ses chevaux, il divise sa consommation de fioul par quatre, atteignant au maximum 150 litres. Il ne sort son vieux tracteur qu’une dizaine d’heures par an. "En basculant vers la traction animale, j’ai observé que mes rendements augmentaient de 15 %." Un effet bénéfique dû à un meilleur sol.

Un étalon vient de rejoindre ses deux chevaux de race Fjord. Sa première séance de travail avec la herse se passe plutôt bien malgré quelques zigzags. "Il faut réapprendre ce savoir que nous avons perdu", reconnaît Eric Souffleux qui espère un jour voir la naissance d’un poulain dans sa ferme "pour contribuer autant à la biodiversité animale que végétale" et participer au développement de la traction animale en agriculture.

Avec ce mode de production, le maraîcher de Saint Père en Retz se veut plus respectueux de la nature. Mais confronté à une diminution des achats en AMAP ces dernières années, il a décidé de cultiver moins, un à deux hectares, et de rechercher l’excellence pour ses clients. 

La ferme des petites mottes à l’écoute de la nature

De l’écologie à l’agriculture, il n’y a qu’un pas. Après des années de voyages à étudier la flore et la faune des quatre coins du monde, c’est à Saint-Nazaire qu’Arnaud Le Goff, biologiste et écologue, a décidé de prendre racine.

Son projet, reprendre une ancienne ferme du quartier de l’Immaculée pour y développer son activité de maraichage bio. En 2017, Arnaud Le Goff répond à un appel à projet de la CARENE qui, dans le cadre du PEAN, souhaitait conserver la vocation agricole de cette partie du territoire. Un an et demi plus tard, en mai 2018, la ferme des petites mottes est lancée.

Grâce à ce projet, Arnaud Le Goff peut concilier son passé consacré à l’étude de la biodiversité et son futur de maraicher bio, en développant le maraichage sur sols vivants. Ce mode de production consiste à laisser la nature faire son œuvre en limitant au maximum le travail de la terre.  "Le maraichage bio n’a pas une seule définition. Les pratiques peuvent être très différentes," explique Arnaud Le Goff. "Le maraichage sur sols vivants, par exemple, ne consiste pas seulement à produire sans pesticide, mais de manière écologique, en respectant les cycles naturels et la biodiversité."

Maraîchage sur sol vivant

Depuis un an, le jeune maraicher fait partie de l’association Maraîchage Sol Vivant (MSV). "On est peu nombreux en France à développer ce mode de production. Ce qui nous intéresse, c’est le respect du sol sans interférer dans son développement. Quelque part, c’est un peu l’inverse de ce que l’on apprend en agronomie classique," poursuit-il. "Cependant, je n’ai pas de dogme. Je ne veux pas à tout prix rentrer dans une case mais piocher les bonnes idées dans les différents modes de production qui existent. Le tout est de réussir à concilier un maraichage productif et mes valeurs."

Montage des tunnels pour accueillir les cultures, irrigation, plantations… La première année des petites mottes n’a pas été de tout repos. "L’outil de production est opérationnel. Le magasin de la ferme vient d’ouvrir ses portes et nous démarrons la saison des primeurs. C’est un peu la course. A lui tout seul, le maraichage représente quasiment deux temps pleins !" précise Arnaud Le Goff. "D’ici un an ou deux, j’espère recruter des saisonniers aux moments forts des récoltes. A termes, je souhaiterais aussi être accompagné d’un poste à temps plein pour tenir le magasin et m’aider sur les cultures." confie-t-il.

La ferme des petites mottes accueille chaque semaine une quarantaine de personnes. "Je travaille également avec la Coop du Coin. Nos deux projets ont émergé à peu près en même temps. De plus en plus d’initiatives citoyennes en faveur de l’environnement et de l’économie sociale et solidaire apparaissent sur le territoire." se réjouit le maraicher.