En 1924, 138 familles italiennes franchissent les Alpes par voies ferroviaires pour construire, aux Chantiers de Penhoët, les plus grands et majestueux paquebots transatlantiques de l’époque : Île-de-France puis Normandie.
À l’époque où la course au plus grand paquebot battait son plein, la Compagnie générale transatlantique voit encore plus grand pour défier la concurrence, notamment anglaise. Les Chantiers de Penhoët recherchent de la main-d’œuvre complémentaire à l’étranger. Quelques Tchécoslovaques sont recrutés, mais c’est surtout en Italie que les fabricants de ces géants des mers trouvent leurs futurs travailleurs, séduits par la perspective de construire les plus grands paquebots du monde.
Dans une Italie plongée dans une crise politique et économique, ils sont nombreux à quitter leur terre
natale pour trouver un nouvel eldorado. Sur le port de Gênes, Giovanni Rossetti, originaire de Lanusei en Sardaigne, est recruté comme 137 autres Italiens en tant que teneur de tas, riveteur et chauffeur de rivet.
L’eldorado des Italiens
Billets de train fournis, logement prévu, Giovanni et Maria Chiara Rossetti débarquent à Saint-Nazaire avec leur fils Silvio. Les Italiens sont logés, à deux pas des Chantiers, dans le quartier de Penhoët, à
l’hôtel des Célibataires et dans des maisonnettes, au Pré-Gras. Unique « Little Italy » du Grand Ouest, le quartier est peuplé à plus de 50% par des Italiens. Les Ara, Barbaro, Buffoni, Magoni, Rossetti, Rossi, Saccani, Salvo,Trappetti… y prennent leurs quartiers et s’intègrent parfaitement à la population locale.
Les conditions sont rustiques, mais l’ambiance joyeuse, parsemée de musique, de danses et de jeux de boules. À côté, les halles, les bains-douches et une épicerie permettent un certain confort de vie. En ce qui concerne la nourriture, les « Ritals » ont conservé leurs fameuses traditions : pasta, ravioli, pizza…
La mémoire dans un livre
Bruno Rossetti, petit-fils de Giovanni, retrace de manière très détaillée dans son livre La Little Italy de Saint-Nazaire l’histoire de la communauté italienne de la ville. Avec témoignages et photographies d’archives, il raconte la vie des travailleurs italiens à Saint-Nazaire, leurs difficultés, leur intégration et la vie
dans cette « petite Italie ». Un bel hommage à ses ancêtres.
25 € La Geste éditions