Une ville grandeur nature

Répartis sur 2 100 m2, les serres municipales et les tunnels extérieurs contribuent à la production d’une partie des plantes qui embellissent la ville.
Répartis sur 2 100 m2, les serres municipales et les tunnels extérieurs contribuent à la production d’une partie des plantes qui embellissent la ville. (©Ville de Saint-Nazaire - Christian Robert)

Après les vagues de chaleur de l’été dernier, la préservation de la biodiversité et l’adoption de pratiques de réemploi sont fondamentales pour les années à venir. Pour réduire l’empreinte écologique de Saint-Nazaire, la direction Paysage et nature en ville tourne à l’heure de l’économie circulaire, entre broyage, paillage, compostage et écopâturage.

« C’est de l’or qui tombe ! », s’exclame Bruno Jacquemard en ce jour de septembre, en entendant la pluie frapper le toit de la serre après un été pas comme les autres. Déployés sur 2 100 m2, les serres municipales ainsi que les tunnels extérieurs produisent une partie des plantes que l’on retrouve dans une ville qui ne cesse de se végétaliser.

En ce tout début d’automne dans la serre, des primevères voisinent avec un alignement de pensées qui prennent le temps de pousser avant de migrer dans quelques semaines vers leur nouveau sol d’adoption dans le centre-ville.

Le responsable du centre horticole gère aussi la pépinière locale, installée juste à côté depuis trois ans. Sous une ombrière poussent des dizaines d’orchidées destinées à fleurir les bouquets de cérémonies municipales, mais aussi une nurserie pas comme les autres, celle de bébés arbres qui passent ici leur enfance en pot avant d’affronter la vie urbaine.

« Tous les ans, nous cultivons ici environ 200 arbres, surtout des chênes et des érables, qui sont destinés à remplacer ceux qui meurent chaque année. Ils restent ici pendant trois à quatre ans, puis sont acheminés dans toute la ville », explique Bruno Jacquemard, qui veille personnellement à ce que les jeunes arbres soient arrosés et taillés correctement.

« Nous récoltons des glands dans le bois de Porcé à l’automne, puis les mettons au frigo le temps nécessaire à la germination du nouveau chêne. C’est moins coûteux que d’acheter des arbres et cela permet d’avoir des végétaux qui s’adaptent mieux à notre climat puisqu’ils viennent d’ici », ajoute-t-il.

Une banque de graines

Depuis une dizaine d’années, grâce à l’écopâturage, des moutons assurent l’entretien de huit sites nazairiens.

Dans l’entrée de la serre, un grand frigo sert de banque de graines : à l’intérieur, des graines de coquelicots et de houx attendent leur heure sagement dans le froid – soit plus de deux ans pour le houx.

« Nous collectons depuis l’an dernier des graines de plantes sauvages en milieu naturel. Puis on les sèche et on les met en production en serre. Nous avons notamment identifié une prairie naturelle à Saint-Marc qui n’a subi aucune modification depuis 50 ans, ce qui garantit d’avoir des graines vraiment locales et utiles à la biodiversité. Nous avons notamment collecté des graines de houx, car c’est un arbuste dont les fruits alimentent les animaux pendant une partie de l’hiver », explique Yann Lozachmeur, écologue, qui a rejoint le service il y a deux ans et dont l’une des missions est d’amener plus de biodiversité en ville.

Violets, blancs, bleus… Dans une autre partie de la serre, des dizaines de pieds (pieds-mères) de sauges et d’agapanthes sont entreposés ici avant de venir embellir les ronds-points et les parcs aux beaux jours. En regardant de plus près, on s’aperçoit que tous les pieds de sauge sont soigneusement numérotés.

Depuis trois ans, ils font en effet partie d’une collection que la direction paysage et nature en ville développe avec l’ambition de sélectionner les variétés les mieux adaptées au climat local… et aux futurs coups de chaud. Au total, 98 variétés de sauge ont été plantées depuis 2023, auxquelles s’ajoutent une dizaine de nouvelles variétés par an.

En 2025, le service a décidé de planter vingt variétés d’agapanthes et de créer ainsi une nouvelle collection florale. En développant ces deux collections, la Ville fait évoluer progressivement son fleurissement vers des plantations plus résilientes afin de renforcer la biodiversité.

« Les agapanthes et les sauges ont de nombreux atouts : elles savent résister aux fortes chaleurs, ont des besoins limités en arrosage et en entretien, et une floraison appréciée des insectes pollinisateurs, notamment des abeilles », explique Ludovic Le Goff, directeur Paysage et nature dans la ville. Un parcours « spécial » sauges a été réalisé du centre-ville à Saint-Marc et continue de s’étoffer tous les mois, au fil de l’agrandissement de la collection !

Des déchets verts reconvertis en ressources

Dans le reste de la ville, les équipes de jardiniers broient, taillent, récoltent… accompagnées de nouveaux procédés, dont notamment l’écopâturage. Depuis une dizaine d’années, des cheptels de moutons assurent l’entretien de huit sites nazairiens – parcelles ou espaces verts – installés en écopâturage, notamment à la Courance.

Et c’est une réussite ! L’écopâturage libère les déchetteries de quantités importantes de résidus de tonte et limite les gaz à effet de serre avec moins de transport et de carburant. Depuis 2022, le service expérimente de nouvelles techniques d’entretien en faveur de la réduction des déchets verts et de la biodiversité. Un plan déchets réduit depuis 2024 la quantité de déchets verts évacués en déchetterie.

Le service pratique aussi le fauchage différencié sur une dizaine d’espaces verts et semi-naturels de la ville, notamment au parc paysager et sur le site des Rochelles. Le fauchage, réalisé une ou deux fois par an à la barre de coupe, permet à tout un écosystème de se développer :

« Quand on laisse la végétation tranquille pendant plusieurs mois, la croissance est moindre et cela permet donc de réduire les déchets verts. C’est une méthode qui permet également à plus de plantes de s’épanouir », explique Yann Lozachmeur.

Grâce à cette nouvelle pratique, les jardiniers réalisent leurs propres bottes de foin qui sont utilisées pour le paillage des massifs ou pourront être données aux centres équestres ou aux jardins partagés – 500 bottes ont ainsi été réalisées l’an dernier.

« Par des actions simples, nous avons diminué par deux nos volumes d’exportation en déchetterie. Notre objectif est de réemployer les déchets végétaux dans le même périmètre afin de réduire les transports mais aussi pour redonner un équilibre à l’écosystème. Par exemple, nous faisons notre propre paillage à partir des restes de fauche mais aussi de broyat. Cela permet de désherber moins les massifs et de maintenir l’humidité. Ce qui était considéré comme un déchet devient finalement une ressource pour nos usages au quotidien », ajoute Ludovic Le Goff.

Des haies pensées pour la biodiversité

Avec leurs branchages de toutes tailles, les haies sèches offrent à tout un écosystème de quoi se réfugier et se nourrir.

Le même cercle vertueux s’applique aux haies sèches dont on retrouve des exemples dans toute la ville, notamment au parc paysager. Composées de branchages de toutes les tailles, les haies sèches permettent à tout un écosystème de se réfugier et de se nourrir.

« C’est une forme de land art, car cela consiste à utiliser des matériaux naturels dans leur environnement pour en faire autre chose. C’est une pratique qui se répand à Saint-Nazaire avec des réalisations qui permettent à nos jardiniers d’exprimer leur créativité et d’enrichir la biodiversité avec des végétaux revitalisés. Pour cela, des ateliers sont organisés pour former les agents », explique Ludovic Le Goff.

Sous les doigts des jardiniers, les arbres morts se transforment en bouquets de roses, comme au parc paysager, quand d’autres, plus éphémères, disparaissent rapidement dans une « ville jardin » au service de la nature et de la biodiversité.

Il nous en parle : Dennis Octor, adjoint au maire en charge du paysage et de la nature en ville

« Si la 4e fleur et le prix national de l’arbre décernés par Villes et villages fleuris récompensent notre politique globale en termes de fleurissement et de gestion du patrimoine arboré, notre combat pour la protection et le développement de la biodiversité est quant à lui quotidien. Cela se traduit notamment par notre pépinière municipale, où nous produisons localement des plantes sauvages que nous réimplantons ensuite sur le domaine public. »

Dennis Octor, adjoint au maire en charge du paysage et de la nature en ville