Le 14 février dernier, le centre d’art contemporain le Grand Café a inauguré sa nouvelle exposition, le « Ministère des passe-temps ». Un beau panorama de l’œuvre artistique de Benoît Piéron qui dialogue avec l’univers hospitalier.
Diplômé des Beaux-arts de Paris, Benoît Piéron est accompagné depuis l’enfance par toutes sortes de maladies dites de « longue durée ». Le jeune quadragénaire a vécu à l’hôpital comme dans une seconde maison, vivant l’enfance dans un temps aboli où le début et la fin n’ont plus de frontières. Après avoir travaillé sur d’autres sujets, Benoît Piéron développe depuis quelques années un travail artistique dans lequel l’univers médical est devenu son plus grand référentiel, façonnant son imaginaire mais décrivant aussi le rapport au temps des personnes au corps « invalidé ». Au Grand Café, Benoît Piéron nous invite au « Ministère des passe-temps », titre de cette exposition qui rassemble des œuvres anciennes et de nouvelles créations et qui permet ainsi de de s’immerger, au fil des cinq salles, dans l’univers de l’artiste.
Montrer la maladie
Dans la première salle du rez-de-chaussée, une boule à facette et une guirlande de 128 mètres de long évoquent une salle des fêtes attendant les premiers convives. Mais ici le DJ a été remplacé par une bande son évoquant l’effervescence d’un médicament dont les bulles éclatent dans les oreilles des invités.
« Ici, j’ai voulu matérialiser l’hôpital à travers cette guirlande de petits fanions aux couleurs pastel qui ont été cousus à partir de draps d’hôpitaux usagés qu’on appelle des draps réformés des hôpitaux. J’ai choisi de les montrer différemment dans une ambiance festive »
Benoît Piéron, artiste

Dans la même salle, trois petits objets témoignent d’autres aspects de la maladie dont un rouge à lèvres couleur lilas fait à partir du sang de l’artiste, qui a échappé de justesse à « l’affaire du sang contaminé ».
Toujours au rez-de-chaussée, on explore la temporalité des salles d’attente à travers une pause dans la laverie automatique imaginée par l’artiste. Trois machines à laver vrombissent de concert dans une ambiance rappelant l’univers mélancolique d’Edward Hopper.

Ici, les cycles sans fin de lavage interrogent ce rapport au temps qui ne passe pas. Les hublots sont illuminés par des jeux d’optique évoquant les gyrophares des services d’urgence.
Le grand détournement

À l’étage, l’écosystème hospitalier prend vie à travers des détournements d’objets. Dans le corridor, un palmier en pot surmonté d’une perfusion symbolise toutes les plantes de salle d’attente dont l’artiste s’est amusé à répertorier dans un herbier : « Les plantes choisies par les médecins n’ont besoin de rien, ni d’eau, ni de lumière. Ce sont des plantes dont ils ne prennent pas soin mais paradoxalement on les retrouve systématiquement dans nos parcours de soins », ajoute Benoît Piéron.
Évoquant le quotidien à l’hôpital, un paravent d’hôpital à roulettes – appelé écran d’intimité dans le jargon hospitalier – est composé de tissus en patchwork aux formes géométriques qui sont également réalisés à partir de draps réformés des hôpitaux. Le motif étoilé n’est pas sans rappeler l’emblème de Wonder Woman, autre réminiscence d’une enfance dans l’ombre. Ici, la maladie est un nouveau langage artistique où le registre pathétique n’a pas droit de visite.
Exposition : Ministère des passe-temps – Benoît Piéron
Le Grand Café : 2 place des Quatre Z’Horloges – tél. 02 44 73 44 00
Autour de l’expo
Plusieurs rendez-vous sont organisés autour de l’expositions. Toutes les dates sur le site du Grand Café.