Le conseil municipal de Saint-Nazaire a adopté ce vendredi 26 juin un vœu appelant à la mobilisation pour une mobilisation nationale contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants. Ce vœu a été adopté par 45 voix sur 49, le groupe Renouvelle-toi Saint-Nazaire s’est abstenu.
Pour une mobilisation nationale contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants
Saint-Nazaire est une ville de la reconstruction. Durement éprouvés, les habitantes et les habitants en ont une fait une ville résiliente, forgée par l’histoire, qui porte dans sa devise « Aperit e nemo claudit » et dans son action quotidienne les valeurs d’ouverture, d’inclusion, d’hospitalité et de solidarité. Ces valeurs nous obligent.
Depuis 2017, la Ville de Saint-Nazaire agit concrètement contre les violences faites aux femmes à commencer par la signature de la Charte européenne pour l’égalité des femmes et des hommes dans la vie locale, l’élaboration d’un Plan Égalité Femmes / Hommes et, plus récemment, l’ouverture d’un lieu d’accueil, d’écoute et de ressources pour les femmes victimes de violences et leurs enfants, le 24 (rue d’Anjou).
Sur la question des violences sexuelles plus particulièrement, depuis novembre 2023, nous interpellons les services de l’État, de police et de justice sur les situations d’exploitation sexuelle constatées par l’ADPS ou encore la mission ALBA du Département.
La récente actualité autour du viol et du meurtre de la jeune Lyhanna a profondément bouleversé notre pays. Elle vient s’ajouter à une succession d’affaires qui ont révélé l’ampleur des violences sexuelles dans notre société : Bétharram, Le Scouarnec, Pélicot et tant d’autres.
Et les chiffres sont édifiants. En 2024, en France, les services de police et de gendarmerie ont enregistré plus de 122 600 victimes de violences sexuelles, dont près de 58 % étaient mineures. Les victimes de violences sexuelles sont très majoritairement des femmes (85 %). En 2025 en Loire-Atlantique, les violences sexuelles et les violences intra-familiales sont en hausse respectivement de +13,8 % (2 842 victimes) et de +1,2 % (4 377 victimes). Et ces violences sont en nette hausse depuis 2016.
Derrière ces statistiques, aucune catégorie sociale n’est épargnée. Aucun territoire n’est préservé. Aucun milieu professionnel, sportif, culturel, éducatif ou familial n’est à l’abri.
Pourtant, nous pouvons constater l’abstention voire l’opposition du Rassemblement National aux textes abordant ces violences sous l’angle des droits sociaux, du budget ou de cadres supranationaux (parlement européen). Par exemple, lorsqu’il vote CONTRE le consentement à la définition du viol et des agressions sexuelles et l’imprescriptibilité civile des viols commis sur mineurs.
Face à cette réalité, nous devons refuser l’omerta, la banalisation et le silence qui de fait organisent l’impunité et érigent une forme d’immunité aux auteurs. Nous devons lutter contre toutes les violences, d’où qu’elles viennent, quelles que soient leurs formes ou leurs manifestations.
Elles sont contraires à nos lois, à nos valeurs républicaines et à notre idéal humaniste. Elles doivent être combattues avec détermination, sanctionnées à la hauteur de leur gravité et réparées, pas seulement par voie de justice.
Nous refusons une société dans laquelle les femmes devraient vivre dans la méfiance permanente ou dans laquelle les rapports entre les femmes et les hommes seraient dictés par la peur ou l’instinct de survie.
Nous refusons cette société pour nous-mêmes aujourd’hui et pour nos enfants demain. Il est donc urgent de nous doter d’un projet commun, d’une méthode claire et d’un cap collectif permettant de protéger les femmes et les enfants, de garantir leurs droits et leur dignité, et de sanctionner les auteurs de ces violences. Et d’agir à toutes les échelles pour offrir aux enfants, aux adolescentes et adolescents un parcours sécurisé, protecteur et bienveillant de 0 à 25 ans.
A l’échelle communale et intercommunale, à Saint-Nazaire, pour y répondre dans nos services publics en complément des actions déjà menées, un travail de réflexion sera engagé avec l’ensemble des partenaires du Projet éducatif global « Bien grandir à Saint-Nazaire » : enfants, parents, équipes éducatives et d’animation, éducateurs sportifs et culturels, professionnels de santé, institutions, associations, syndicats et acteurs de terrain.
Ensuite, à l’échelle de la société : citoyennes et citoyens, responsables publics, acteurs économiques, médias, créateurs de contenus et influenceurs ont également un rôle à jouer dans les messages et valeurs qu’ils et elles véhiculent.
Enfin, à l’échelle de la République, organiser l’action publique pour lutter contre les classements sans suite, améliorer le traitement judiciaire des plaintes, renforcer la protection de l’enfance, former les professionnels et accompagner les victimes nécessitent des engagements durables de l’État sur l’ensemble du territoire.
C’est une exigence de République qui protège les plus vulnérables, dans la sphère privée comme dans la sphère publique.
L’inscription à l’ordre du jour des débats parlementaires de la loi-cadre intégrale contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants à l’automne prochain est une première avancée. Construite de manière transpartisane avec de nombreuses associations spécialisées, elle s’appuie aussi sur les préconisations de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE).
Ses mesures produiront pleinement leurs effets si la loi est assortie de moyens humains, financiers et matériels à la hauteur des enjeux.
En conséquence, le Conseil municipal de Saint-Nazaire :
- affirme sa détermination à poursuivre et renforcer son action locale de prévention et de lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants ;
- demande au Gouvernement et aux parlementaires de maintenir l’ensemble des mesures prévues dans la proposition de loi intégrale contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants tant elle apporte une réponse globale aux besoins de protection, d’accompagnement et de reconnaissance des victimes ;demande que la loi de finances prévoit en conséquence les moyens humains, financiers et matériels nécessaires à sa mise en œuvre effective sur l’ensemble du territoire national ;
- réaffirme que la protection des femmes et des enfants constitue une exigence fondamentale de la République ;
- charge Monsieur le Maire de donner toutes instructions au Directeur général des services en vue de la mise en œuvre du présent vœu afin que les services de la Ville de Saint-Nazaire prennent toute leur part dans ce combat :
– lancer une évaluation flash de la politique publique Éducation Enfance Jeunesse Petite enfance,
– renforcer les actions en matière de protection de l’enfance par la formation et par une politique fine de recrutement des personnes au contact des enfants,
– poursuivre la coordination entre nos services municipaux, le Département, la police nationale, la gendarmerie, la préfecture, la justice sur ces questions en vue de créer des protocoles permettant de prévenir et protéger les victimes de violences sexuelles et intrafamiliales (femmes et enfants) notamment au sein de l’instance du Conseil Local de Sécurité et de Prévention de la Délinquance (CLSPD)