Et si le sauvetage en mer faisait son entrée au patrimoine immatériel de l’humanité de l’Unesco ? La demande est portée par l’Association nationale des élus des littoraux (Anel) dont fait partie la Ville de Saint-Nazaire. Quatre structures de la communauté des gens de mer soutiennent aussi cette démarche.
La SNSM depuis 200 ans

Depuis la création de la première station de sauvetage en 1825 à Boulogne-sur-Mer, la Société nationale des sauveteurs en mer (SNSM) s’est développée et professionnalisée. La station de Pornichet est l’héritière depuis 1978 de la fusion des stations de Saint-Marc (1866) et du Pouliguen (1878), après la construction du port en eaux profondes.
Ses missions de sauvetage et de prévention sont assurées par une quarantaine de bénévoles, sauveteurs professionnels, issus pour 25% du secteur professionnel maritime. Vingt bénévoles complètent l’équipe pour l’administratif et la boutique pour récolter des fonds.
« L’argent et l’engagement bénévole sont des enjeux primordiaux pour nous, explique Thierry Caudal, à la SNSM depuis trente ans, d’où l’importance de la transmission et de la reconnaissance. La démarche des élus du littoral est intéressante dans cette optique de faire perdurer le modèle. »
Un sauveteur s’implique une demi-journée par semaine, suit des entraînements physiques et des formations chaque année. Il a des compétences de marin et de secouriste.
« Quand on rentre dans la famille orange, on partage les valeurs de solidarité des gens de mer, c’est-à-dire qu’on portera secours quelles que soient les personnes en danger. »
SOS Méditerranée sur les routes les plus mortelles

Cela fait dix ans que SOS Méditerranée s’est donné pour mission de sauver et mettre à l’abri celles et ceux qui traversent la Méditerranée au péril de leur vie. L’antenne nazairienne de l’ONG contribue à faire connaître cette action citoyenne et à récolter des dons.
« Face aux situations d’exil, on a besoin de renforcer la qualité des sauvetages, défend Jérôme, référent local. La démarche d’une reconnaissance peut apporter une nouvelle visibilité et rappeler l’inconditionnalité du secours, inscrite dans la convention Solas (Safety of life at sea). »
Cette convention internationale pour la sauvegarde de la vie humaine en mer a été adoptée en 1914 à la suite du naufrage du Titanic, imposant des obligations de recherche et de sauvetage aux États, quels que soient le statut et la nationalité des personnes en détresse. « Notre navire, l’Ocean Viking, est comme une ambulance pour plusieurs dizaines, voire centaines de personnes. »
Pourtant, le 24 août dernier, le bateau humanitaire a été la cible d’une attaque par des garde-côtes libyens dans les eaux internationales. Plus de cent balles auraient été tirées vers les personnes à bord. L’ONG et sept de ses membres ont déposé une plainte en Italie et une seconde à Marseille pour obtenir une enquête sur ces violences.
Marine Accueil Loire, QG des marins en escale

Marine Accueil Loire est le seamen’s club des marins en escale à Saint-Nazaire, c’est-à-dire un lieu proche du port et du centre-ville où ils peuvent se retrouver autour d’une guitare et d’un billard, mais aussi obtenir de l’assistance, se faire aider pour toutes sortes de démarches. Un minibus les véhicule du lundi au vendredi, sur simple appel ou message en ligne. À leur service : une trentaine de bénévoles parlant au moins anglais, dont un tiers sont issus du milieu maritime.
« Ce classement à l’Unesco valoriserait le sauvetage en mer et le bénévolat sur lequel il repose, commente le président Patrick Le Doré. Il permettrait de médiatiser cet engagement et d’honorer les bénévoles qui risquent leur vie pour porter secours. Ce serait un levier pour obtenir des financements, ce qui est de plus en plus dur. »
Le Crapem, un soin psychologique aux gens de mer

Le Crapem, Centre ressource d’aide psychologique en mer est né pendant la crise du Covid,
recevant des appels d’équipages coincés au bout du monde.
« Nos représentations font des gens de mer un milieu professionnel invisible. On n’a pas conscience, quand on passe nos commandes en ligne, que la fast fashion, ce sont les marins constate Camille Jégo, la psychologue à l’origine du Crapem. La démarche auprès de l’Unesco peut contribuer à leur reconnaissance dans la société et rappeler que le sauvetage en mer n’est possible qu’avec des bénévoles. Mais jusqu’où va le bénévolat face à la responsabilité étatique ? »
Implanté au sein de l’hôpital de Saint-Nazaire, le Crapem apporte une assistance psychologique aux personnes en difficulté dans le monde maritime et partage son expertise avec les institutions formatrices et les employeurs de marins. Unique en Europe, le Crapem offre un espace d’écoute aux gens de mer — au nombre de 40 000 en France —, particulièrement sur les événements traumatiques et l’épuisement professionnel lié aux rythmes, à la pression et à l’isolement.